En 1986, Jean-Michel Basquiat est venu à Abidjan. Ce fut son premier et unique voyage sur le continent africain : une dizaine de jours, une exposition de 23 œuvres au Centre culturel français, une route vers le nord jusqu'à Korhogo. Quarante ans plus tard, la ville a décidé que cet épisode méritait mieux qu'une note de bas de page.
Le samedi 10 octobre 2026, l'Institut français de Côte d'Ivoire a accueilli « Palabres pour Basquiat », colloque d'ouverture d'une saison culturelle baptisée STEREO FETISH. La forme n'est pas un détail : la palabre, la parole partagée sous l'arbre, plutôt qu'une succession de communications savantes. Son titre, « Lire l'esprit du temps depuis Abidjan », dit d'où l'on regarde.
La saison est dirigée par Anna-Alix Koffi, fondatrice de l'espace SOMETHING, avec Simon Njami comme commissaire général et Ange-Frédéric Koffi comme commissaire invité. Parmi les intervenants figuraient Simon Njami, María Elena Ortiz, Henri N'Koumo et l'artiste américain Arthur Jafa. Son nom vient de deux dessins réalisés par Basquiat à Abidjan et portant les mots « STEREO FETISH », revendus par la suite.
Le socle est archivistique. Les recherches menées avec Candice Guettey, à Paris, ont permis de reconstituer les 23 œuvres de 1986 et de réunir un corpus de 102 œuvres, dont la trace d'une vente chez Sotheby's d'un dessin réalisé en Côte d'Ivoire.
Le programme se poursuit à Grand-Bassam, où SOMETHING a ouvert le 11 octobre la première exposition personnelle d'Arthur Jafa sur le continent. Jusqu'en août 2028, la saison annonce un ouvrage scientifique prévu en 2027, trois expositions en préparation et un documentaire : une manière de raconter depuis Abidjan un chapitre de l'histoire de l'art longtemps écrit ailleurs.